Gyro

Laurent Saksik a imaginé un dispositif optique composé de deux miroirs monumentaux où la ville et ses habitants viennent se refléter, potentiellement à l’infini. Formant un angle aigu, les deux surfaces offrent une zone de passage, un espace imaginaire de projection, inspiré de la pensée du poète et militant Aimé Césaire. Gyro ouvre ainsi de nouvelles relations entre la ville et l’individu, entre les individus, entre l’individu et son double, autre lui-même...

Laurent Saksik

"Le site d'accueil de la future œuvre d'art est signifié comme étant un jardin carrefour, fidèle en ce sens aux idées d'Aimé Césaire, carrefour des idées et des cultures, confluence des flux culturels et de vie. Il possède cependant des qualités très singulières pour une urbanité en plein développement et aussi centrée voire dessinée. Ce site est d'ordre plus horizontal que vertical. La perspective y règne en maître. La présence d'axes routiers importants cernant cette parcelle me donne à penser qu'il semble nécessaire de requalifier ce jardin dans son champ symbolique autant que dans la perception des utilisateurs. Je suis passé le visiter deux fois à des heures différentes. Il est très peu fréquenté dans la journée, si ce n'est aux heures de déjeuner. La nuit, il est désert et peu éclairé. Ses dimensions créent un effet de vide renforcé par le flux du passage automobile et le mouvement de la Seine qui ne semble jamais s'arrêter. Il a cependant cette générosité d'offrir une très grande visibilité à la moindre intervention plastique de par sa spatialité. Il offre en soi, ce qui n'est pas le cas de tous les espaces, une multiplicité de points de vue : le jour et la nuit évidemment, à pied, en voiture, assis sur un banc, marchant sur un trottoir ou depuis le metrobus.

Pour moi, ce site est remarquable pour deux raisons qui déterminent ma proposition plastique :

  • Le site est très étendu, dégagé, et ses dimensions ainsi que sa situation le rendent facilement écrasant : il y a d'entrée de jeu un problème d'échelle. On doit le considérer dans sa véritable mesure, c'est-à-dire monumentale.
  • En vue de plan, le site pourrait se ramener à un compas dont l'entre axe serait la perspective qui irait de la seine à la préfecture.

Pour exprimer l'esprit d'altérité, de carrefour et de rencontre, décrit dans le cahier des charges, l'idée m'est venue, d'une part, de travailler à partir du compas, des qualités giratoires de cet instrument de mesure, et, d'autre part, de bien insister sur le fait de ne pas occuper la totalité de l'espace mais bien au contraire de produire un point focal dans lequel tout l'espace viendrait se retrouver dans une espèce de résonance.

Je pense que la cohérence de ce principe plastique trouve sa plénitude ou sa vérité dans l'utilisation du miroir en plein air, selon un vis-à-vis très mesuré. Ce qui est devant est derrière et inversement. Des superpositions surprenantes vont se faire et se défaire en fonction de là où le spectateur se trouve : de loin ou de près, le jour ou la nuit. La structure est censée du coup fonctionner comme une structure d'appel. Un appel à venir voir de près ce qui se joue là. Que voit-on de près lorsque l'on s'approche ? On reconnaît la ville se refléter dans la ville dans un écho visuel. Mais surtout, on voit son propre reflet avec lequel on peut jouer. Et notre reflet semble partir vers un autre reflet, de manière quasi-infinie. Il y a, dans cet effet cinétique, tout le mouvement d'une expérience de l'altérité à partir du moi car "Je est un autre" mais dans la vitesse, dans le mouvement, dans l'esquive.
Cette œuvre a reçu le soutien de Ferrero France.

Gyro

>> Jardin Jean de Verrazane, au croisement de l’avenue Pasteur et du quai Gaston Boulet
Inauguration le 18 novembre à 11h30