MICRO Biennale – Bureau d’études

Jean Paul Berrenger

C’est une vitrine. Un espace modeste que vous auriez peut-être longé sans le remarquer. Presque un local – contigu à l’entrée de l’aître Saint-Maclou où l’Ecole des Beaux-Arts est installée.

C’est une vitrine ; une vitrine modeste qui n’ouvre pas totalement l’espace mais dessine trois fenêtres dans la façade – comme les cases d’une bande dessinée où s’affichent des esquisses, des dessins, des tests pour la MICRO Biennale, imaginée par Jean-Paul Berrenger. S’y succèdent les séquences d’un récit de formes, à la fois intentions, esquisses, tentatives et volumes, images en relief, images/espaces dans lesquelles on peut entrer du jeudi au samedi, de 14h à 18h.

Partant du dessin, c’est donc bien de sculpture dont il est question ici : de sculpture déplacée, transformée, agrandie à l’échelle de l’espace architectural ou réduite à la miniature ou à la maquette, de sculpture dé-mesurée, architecture et miniature. Ainsi, les images se creusent, l’espace se dédouble, se démultiplie : dans le local proliférant d’objets et de supports, une plateforme ; sur la plateforme, une installation ; sur l’installation, un objet ou la réduction d’un objet.

Une fois entré(e), vous vous déplacez avec prudence, géant(e) immanquablement maladroit(e), lointain(e) cousin(e) de Gulliver. Peut-être vous remémorez-vous l’espace de jeu de votre enfance où régnaient des objets détournés de leur usage pour servir d’autres choses (selon un rapport formel parfois vague voire fantaisiste) ; peut-être retrouvez-vous l’étonnement né de ces formes, issues d’un connu décontenancé, de l’ordinaire, trivial, déplacé – parfois à peine, mais à l’échelle du micro, cela suffit – dans le champ poétique, dimension dérisoire et essentielle du bac à sable ou des aires de jeux.

Et puis, à y regarder de plus près, vous remarquez probablement que l’espace d’exposition est aussi un espace de travail : la matière du mobilier est souvent brute (plateforme, cimaises, étagères, adhésifs délimitant des zones, …) ; l’établi porte les outils étranges d’une discipline que vous ne savez pas qualifier ; sur le bureau, Jean-Paul Berrenger s’est entouré des matériaux, instruments, rebuts de son travail (copeaux, sciure, …) – qui, ordinairement cachés, jouissent ici du même statut que les œuvres elles-mêmes – mais aussi de peut-être-œuvres dont on ne sais pas bien si elles sont une étape en devenir ou l’issue d’un processus. Loin du bronze des bustes, c’est donc une sculpture soumise au temps qui passe – temps passé à concevoir, façonner, modifier, transformer – 4e dimension de la sculpture qui ne touche pourtant pas véritablement au vivant mais pourrait bien faire penser que la matière n’est pas morte ni atemporelle ; qu’elle travaille ou se travaille, laissant sans cesse surgir des formes toujours inachevées.

Alors est-ce de la sculpture ou de l’architecture ? Une maquette ou une œuvre ? Un inventaire ou une exposition ? Un bureau, une galerie ou un atelier ? Des objets fabriqués ou des œuvres trouvées ? Jean-Paul Berrenger est-il un sculpteur expérimentant des formes, un bricoleur-auteur, un architecte imaginant des zones de rencontres temporaires ?

Quant au rapport à la ville, ne serait-il pas précisément dans le brouillage que Jean-Paul Berrenger opère entre ces différentes fonctions, ces différents rôles – artiste bricoleur, artisan concepteur, architecte sans autre cahier des charges que l’expérimentation de formes propices à la rencontre des corps et des formes. Peut-être, en cela, interroge-t-il la ville contemporaine, aménageant en son cœur une zone d’incertitude, terrain vague à la vocation et aux aménagements fluctuants, dont l’utilité, poétique, serait – seulement et déjà – la possibilité d’une rencontre…