Musée autochtone
Elia David
Maison du Four, rue Saint-Romain
Face au 74 de la rue Saint-Romain se situe la maison dite « maison du four ». Comme sa voisine en pan de bois, la maison du four faisait partie de l’ensemble des bâtiments canoniaux qui entouraient la cathédrale.
Au fil des siècles, ces bâtiments furent progressivement désaffectés, parfois détruits. Ainsi, de la maison du four il ne reste quasiment rien aujourd’hui et c’est une façade murée qui s’offre à présent au regard des promeneurs.
Elia David, artiste rouennais, s’est emparé de ces murs, comme d’un terrain vague vertical pour proposer une œuvre intitulée le « musée autochtone ». Ce musée s’annonce alors comme la promesse de savoir enfin ce que cachent ces murs murés...
Mais le musée d’Elia David, fait de toiles retournées sur les ouvertures, ne laisse apparaître finalement que des châssis. Les œuvres sont cachées (elles nous tournent le dos) et le musée semble devenir une illusion.
Dans quel musée étrange l’artiste nous invite-t-il ? Où sommes-nous vraiment et où sont les œuvres dans ce musée autochtone ? Les toiles que nous ne voyons pas sont-elles encore des œuvres ? L’intérêt d’une œuvre est-ce ce qui est produit ? Le processus de création ou celui de la fabrication ? Est-ce ce que l’on voit ? ce qui est suggéré ? ou ce que l’on imagine ?
En faisant la part belle aux châssis cette œuvre entretient un rapport un peu irrévérencieux à l’histoire de Rouen, ville-musée et berceau de l’Impressionnisme. Et il y a forcément un peu d’humour à transformer la pierre d’un monument de cette ville en simple cadre pour des châssis.
Mais au-delà de l’humour, les détournements de l’artiste bouleversent notre position de spectateur parce qu’ils nous perdent dans les méandres du « dedans » et du « dehors ».
La force du musée autochtone réside aussi sans doute dans ce qu’il donne à voir ce qui est là depuis toujours (ou presque) et, qu’à force d’habitude, on ne voit plus...la vieille façade murée.
Grâce au musée autochtone, ces vieux murs reprennent vie ; les châssis deviennent les huisseries de nouvelles fenêtres et les toiles sont comme des rideaux tirés.
Alors, le spectateur a le choix : regarder ce qui est là ou imaginer ce qui se cache derrière les toiles-rideaux. Dans tous les cas, se réapproprier ce qui existe...ou pas.
