Benoît Thiollent
Zone 3
Angle de la rue Ganterie et de la rue de la Poterne
Si vous arrivez sur la place du 19 Avril 1944, vous pouvez vous installer à la terrasse d’un café. Ensoleillement maximum (les bons jours...), doux bruit de la fontaine... tout semble fait pour votre réconfort, pour profiter, en toute sérénité, d’une pause bien méritée dans votre marathon urbain.
La tranquillité de la place est à peine fragilisée par un panneau discret (à l’angle sud- est) qui indique ici la présence de l’une des nombreuses caméras de surveillance qui jalonnent la ville. Vous êtes regardé...votre visage, qui n’est plus tout à fait anonyme, apparaît quelque part, sur un écran.
En reprenant votre course si vous poursuivez la rue Ganterie, vers la rue Jeanne d’Arc, vous serez arrêté dans votre élan par deux grands panneaux de signalisation : « Zone 3 » et « Piétons pour votre sécurité contrôles automatiques ». Sitôt les panneaux passés, tournez la tête, un radar vous surveille. Inévitablement vous serez flashé parce qu’inévitablement vous marchez à plus de 3 km heures...
Benoît Thiollent a installé, à l’angle de la rue Ganterie et de la rue de la Poterne, sa « zone 3 ». La caméra flashe, les panneaux avertissent... Est-ce, une fois de plus, pour garantir une sécurité (toute relative) au promeneur ?
L’artiste se joue de la présence récurrente des caméras de surveillance en ville ; il en détourne le sens et propose une zone où la marche, forcément très lente, favorise l’observation. Enfin, les yeux ont le temps de se poser sur ce qui les entoure ; enfin ils ont le temps de voir, de fixer les images, de capter les détails du patrimoine.
L’installation de Benoît Thiollent rend ainsi hommage à des célébrités rouennaises. En effet, le décor moderne de la maison médiévale de la rue Ganterie montre deux personnages – visiblement caricaturés – sculptés en ronde bosse sur l’échoppe.
L’un, représenté avec une capuche, est Frédéric Bérat auteur de la chanson « Ma Normandie » et l’autre, son frère, chansonnier lui aussi, Eustache Yacinthe Bérat représenté avec une guitare.
Au-delà des références à la ville sécuritaire la « Zone 3 » est aussi - et avant tout peut-être – un dispositif qui rend hommage à l’histoire de la ville.
